Lundi soir.
Je ne dors pas.
Ma seule et unique motivation, cette journée-là, était de tout faire, pour que tout soit fini, pour que je puisse ultimement m'écraser dans mon lit et roupiller profondément. Une fois arrivée, j'avais beau chercher mon roupillon, il était introuvable, jouant à cache-cache avec les racoins de mon esprit, libres de toute inquiétude, comme mes petites ballerines à 4 pattes qui m'accueillent toujours avec un ronronnement si réconfortant.
Les flocons qui tombent comme du sucre en poudre sont très invitants. Mon esprit sucré décide de se rhabiller, et d'aller marcher.
L'air était crystallin, pûr. Oui, je demeure à Montréal, mais pas au centre-ville. Un plafond lumineux de milliards d'univers m'accompagnait. Faut dire que j'ai la chance de demeurer dans un quartier bordé de parcs, et d'une tranquillité à faire rougir n'importe quel banlieusard du 450, du 418, du 819 ou du 911:).
En marchant, il me vient l'idée d'aller me quérir un breuvage chaud. J'ai toujours aimé cette sensation, l'hiver, de tenir un breuvage chaud dans mes mains, de le hûmer, de le boire, sentir en moi cette dichotomie de différences de température, et l'été, en compagnie d'un breuvage glacial. Chaud et froid, toujours. Une preuve? Petite, j'allais patiner à n'en plus sentir mes pieds, mon visage et mes mains. Je revenais péniblement à la maison, avec un gros sourire encadré de joues presque blanches de froid, et ma mère allumait le four (oui), et je m'y installais en face, dégelant tranquillement, devant cette télé au fond noir avec des trucs de plus en plus rouges, avec nulle autre impression que celle de fondre, de craquer de partout, et de laisser partir le froid tranquillement, pour m'abandonner au chaud, complètement. Honnêtement, il m'est déjà arriver d'y somnoler. Après quoi, eh oui, au grand admn de ma mère je me servais un grand bol de crème glacée, et allais le manger en compagnie du Capitaine Bonhomme, Bobinette, Mademoiselle Sainte-Bénite, Fanfan, ou Sol et Gobelet.
J'aime les contrastes, les différences. En fait, j'aime réunir ce que l'univers éloigne. En fait, j'aurais dû être conseillère matrimoniale ou intervenante en milieu familial. Plus encore, j'aurais dû organiser les conférences de Kyoto.
On a une image sensorielle du Tim Horton's: On sent le café, le sucre des beignes, la pâte des beignes, sur fond de petite musique d'ascenseur, ou de radio relaxe. À ces quelques éléments réconfortants, on ajoute l'odeur des oeufs et du bacon pour ceux qui s'y présentent avant 12h00pm. Eh bien, ce n'est plus le cas. Des musiques de pus en plus chick-a-boum s'y font entendre.
Traumatisme énorme. Moi qui croyais avoir un petit moment de réconfort, j'entre dans ce Tim's et la musique excessivement forte (les gars qui travaillent sur la route et s'arrêtent pour prendre un café sont eux-même surpris, et se crient après alors que la discussion est très intime entre eux), et il faut hurler notre commande pour être servis, ou être entendus.
Une fois le ''Un chocolat chaud s'il vous plaît'' crié à la caissière, qui semblait tout droit sortie d'un sketch de RBO, au moment où mes oreilles décident entre d'habituer aux décibels ou quitter (ah ces oreilles de crisse), je me mets à écouter malgré moi les paroles profondes de ces chansons. J'aurai eu le courage d'en écouter trois.
La première évoque en répétition au refrain ''I fuck better than you'', la deuxième ''this fucking shit I lick it I like it'', et la troisième évouait une partie de l'orifice qui normalement ne fait pas office de refrain. À tue-tête, je vous dis. Il y avait un mélange dans l'air, à travers l'odeur du café, des beignes et de la soupe, un mélange de ''de quessé'', et j'avais peine à croire que ceci n'était pas un coup monté. Madame FIliatrualt elle-même aurait regardé la scène en déclarant que c'est trop gros, pas assez vrai, qu'on en met trop. Madame Filiatrault, welcome to Tim Horton's by night.
:0)
Mercredi, journée un peu difficle au travail (qui est autre que mon métier d'actrice - ben quoi, on peut vouloir apprêter autre chose que le macaroni au fromage du Dollorama et de payer une vraie épicerie, de temps à autre. On appelle ça rêver en grand. Send it out there, mon agent dit. R'garde, ça fait un boutte que j'envoie ça à l'univers, mais à foirce de lancer, j'ai une épychondilyte, bon. Astheure, je lance plus rien, je choisis plutôt de me tenir en position prête à attraper).
J'avais commencé mon quart de travail depuis environ une heure, et n'arrêtais pas de tomber sur mon écran d'ordinateur, tête première. Une condition médicale qu'on appelle la narcolepsie. Pas toujours évidente à contrôler, il n'y a aucun moyen de prévoir quoi que ce soit. Comme si l'esprit, la matière réfléchissante de notre pensée ferme brusquement boutique pour se plonger dans un état de sommeil profond, jusqu'à ce que quelqu'un te touche l'épaule, le bras, et te sorte de ta torpeur. Comme si on m'envellopait soudainement avec une couverture noire. Comme si j'avais fait un double de mes clés à Mesmer et qu'il venait s'installer dans un coin de ma tête avec sa barbichette et ses yeux.
À part la honte initiale de ne pas avoir été aussi productive que d'habitude, il me fallait maintenant affronter le grand froid (-15 C, ressenti -23 C, je le sais grâce à mon téléphone intelligent), et entrer à la maison.
Normalement, on parle d'environ 45 minutes, et me voilà accueillie par deux chattes jumelles qui me ronronnent une symphonie dont je ne me taris jamais. Mais ce soir-là, devrais-je dire cette nuit-là, je suis entrée à 3h30am.
Pour ceux et celles qu inous lisent et ne connaissent pas les métros de Montréal, ils sont gérés par des lignes de stations de métro désservant la métropole. Normalement, je prends la ligne Verte, direction Angrignon, pour une balade d'envion 25 minutes, le temps de lire un journal gratuit. Mais ce soir-là, j'ai eu d'autres épisodes de narcolepsie, cette fois-ci en mitraillette. Donc, un trajet pourtant bien simple devint disons-le poliment une occasion de découvrir Montréal la nuit au grand froid.
Au lieu d'arrêter à ma station, je me rendis jusqu'au bout de la ligne Honoré-Beaugrand. Un contrôlleur de métro me réveilla. Je retournai dans le métro, lui assurant que j'allais pouvoir sortir à la station voulue, et j'en étais absolument convaincue. Je repris la ligne Verte, cette fois direction Angrignon, je n'avais que 3 stations à faire, me disais-je.
Et je me suis réveillée, complètement à l'autre bout, au métro Angrignon...
Retourne de l'autre côté, me tenant réveillée avec n'importe quoi, chanter, taper du pied, compter le nombre de gars qui insistent pour nous montrer leur fond de culotte, name it. Mais je sentais l'endormitoir proche, donc quand j'aperçus la Station Lionel-Groulx, je décidai de sortir, et me rendre chez-moi avec la ligne Orange. Parcours un peu plus long et différent, mais au moins je serais éveillée.
Eh bien non. Je me rendis jusqu'à dépassé Henri-Bourrassa, Cartier, Montmorency... et me réveillai avec Michèle Deslauriers qui me disait ''Merci d'avoir voyagé avec la STM. Bonne soirée''. Et hop, en route pour Côte Vertu, pour aller rattraper une autre station, toujours sur la ligne Orange. Et m'endormis profondément jusqu'à l'autre bout de la ligne, métro Côte-Vertu!
Je sortai pour me rendre de l'autre côté, histoire encore une fois de rattraper le fameux métro. Eh bien non, mesdames et messieurs. Le dernier métro avait passé, et je ne pouvais plus prendre le métro. Me voilà à l'autre bout de l'Ile, sans transport autre que l'espoir de trouver une solution pour une partie du trajet.
Et que je vous y prenne. Ne pas déranger un employé de la STM qui a assez de cran pour y travailler de nuit, promis?
Pas de taxis à l'extérieur, dans cette partie de la ville où je ne viens jamais.
Mais... quoi faire? Je n'avais aucunement les moyens de traverser notre métropole d'amour avec mes quelques deniers restants, cachés dans le coffre. Ça m'aurait sûrement coûté presqu'une semaine de travail.
Après consultation auprès de 4 chauffeurs d'autobus qui visiblement ont troqué la confirmation pour la confusion, j'ai finalement reçu du chauffeur de l'autobus 368 la bénédiction tant attendue. J'allais partir de Ville Saint-Laurent et traverser Montréal pour me rendre jusqu'au métro Frontenac. Un voyage d'environ 50 minutes, avec les sillons obligatoires.
Je lui ai demandé derechef de me réveiller, si j'avais la malencontreuse idée de m'endormir. Non, mais j'avais attendu cet autobus 27 minutes au grand froid et sans abri, me retrouver au chaud et assise, à 1h40 du matin, dans le ronron de l'autobus, pouvait comporter pour n'importe quel individu, narcolepsie ou pas, un danger potentiel de réconfort avoisinant une bonne sieste.
2h12am. On nous laisse devant la station fermée Métro Frontenac, l'équivalent d'être devant la vitrine de Noel de Ogilvy's, sans pouvoir embarquer dans leur petit train et jouer avec les jouets, ou jouer avec les personnages.
Je sors du bus, la bouche pâteuse, le regard hagard, et le -28 ressenti, ressenti en titi. Vite, un taxi, queq'part, un 20$ qui serait un bon investissement. Mais ils jouent à cache-cache avec moi, ou à passer devant moi avec leur espoir de petit truc sur le toit allumé, pour me dire qu'ils sont 'pris'... ou virer folle, which ever comes first.
J'essaie d'appeller, on me dit qu'il y en a déjà dans le secteur, au 'stand de taxis'. Rien de plus faux.
Le stand est vide, et ma tête aussi! Pas capable d'appeller, mon cellulaire est frigorifié, les téléphones publics aussi.
Je regarde les arrêts d'autobus. Le froid, et ma vision déjà un peu hypothéquée par la fatigue et le froid ne m'aident pas à lire clairement quel autobus je dois prendre pour finalement me laisser choir à l'horizontale.
Un autobus. Je monte et demande les renseignements. ''Allez à l'aut' boutte, c'est la 358 qu'y faut prendre.''
Après un bon 15 minutes à chercher, je trouve l'arrêt d'autobus frigorifié et attends le Messie # 358, en compagnie d'un homme que je crois bien reconnaître de l'équipe des figurants de la Planète des Singes, qui m'explique avec une précision d'horloger que ce bus arrive à 2h29am, et que je suis mathématiquement chanceuse de pouvoir être aussi 'on'. Pourtant, je ne m'étais jamais sentie aussi 'off'.
Le monsieur pré-cambrien me demande l'heure constamment. Il ne comprend pas ma montre lui ''dire que 2h29 n'est passé être plus tard que 29 am'', Avant de prendre siège dans le 358, je re-demandais s'il s'agissait du bus longeant la rue Sherbrooke. ''Ben non, madame c'est la 364, pis a vient de juste de partir, vous l'avez pas vue?'' Euhh... si j'avais su que c'était le bon autobus, j'aurais porté beaucoup plus attention, disons!
Bref... Attends la 364. Jusqu'à 3h10am.
Embarquer dans ce bus fût une expérience spirituelle, rien de moins. Les yeux rouges un peu, je respirais cet air un peu plus clément pour mes poumons. Et que de gratitude m'envahit. Après avoir remercié mentalement les nombreuses personnes avec qui j'ai fait un bout de route, nous arrivons à destination, à 10 minutes à pied de chez-moi.
Je ne me peux plus!
Mes chattes non plus. Elles ont faim, mais aussi faim d'attention, et de tendresse. Same here.
Après un petit bol de soupe, lavé le visage et les dents, et un massage en règle de mes 'filles' (les deux en même temps!), j'ai tombé dans mon lit, pour vrai.
Jamais ce ne fut aussi doux, que de se glisser sous la couverture. Jamais ce ne fût aussi réconfortant, cette petite soupe. Et Régler le cadran pour dans une couple d'heures (eh oui, il fallait que je me lève tôt). Enlever les lunettes. Fermer la lampe. Entendre les filles sauter par-dessus les couvertures et prendre leur place, Esther derrière mes genoux pliés, Ruth au bout du lit, contre mes pieds. Entendre leur ronron m'amener à enfin dormir.
Ça tient à quoi, le bonheur, dans le fond?
Être remplie à ras-bord de gratitude pour cette journée qui se termine, et finalement, faire dodo.
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