mardi 17 janvier 2012

Pour vrai.

Aujourd'hui, j'ai retrouvé Guylaine et François. 

Juste écrire leurs noms dans mon agenda me rendait fébrile.  Après tout, il y avait belle lurette que je n'avais pas recroisé l'itinéraire de vie de ces deux-là avec qui j'ai tant ri par le passé.  Plus de 23 ans au moins, selon nos calculs.
L'amorce qui s'est faite via facebook par mon neveu (Guylaine lui a déjà enseigné) était déjà sympathique.  Hier, le coup de téléphone pour confirmer le rendez-vous.  Le ton de voix était le même:  Enjoué, heureux, facile d'approche et d'une simplicité qui fait chaud au coeur.
Un peu comme si nos vies n'avaient jamais été séparées par la vie et ses multi-choix de routes.
François dût nous quitter vers 13h00, mais Guylaine et moi avons jasé pendant des heures sans arrêt.  Quelle re-visite de souvenirs, c'en était presqu'étourdissant par moments.  Mais ce qui demeure fascinant, c'est comment, après tant d'années, nos esprits se rencontrent, se retrouvent, et reprennent là où ils avaient laissé, on dirait.
Il y a dans ces rencontres une zone de confort, un peu comme retrouver ses espadrilles préférés, qui ont suivi le cours des pas en se pliant aux exigences de nos arches de pied, de nos talons, de nos orteils.  Aujourd'hui, c'était cette impression que je reçus de Guylaine et de François: Nous avons déballé nos zones de comfort et d'incomfort ensemble, sans jugement, à la mi-temps de nos vies.

Ce soir, j'ai une pensée pour mes grands-parents qui, de leur vivant, me racontaient avoir revu untel ou unetelle, et combien ils s'étaient rappellés de bons souvenirs, les yeux brillants.  Mes parents, toujours vivants, rayonnent en retrouvant des amis d'antan, mais en ont aussi ajouté des nouveaux, car la grande faucheuse de vie leur en a pris une grosse batch, ces dernières années, dont leurs meilleurs amis.


Trop souvent, dans mon métier, je vis des moments vraiment incroyables avec des équipes de tournage, moments qui donnent lieu à des heures, parfois des semaines ou des mois de travail aux horaires compressés et intenses.  On apprend vite à se connaître, à s'entendre, à s'apprécier mutuellement.  Combien de fois m'a-t-on dit après un tournage:  'Toi, là, j'te trouve tellement trippante! Il faut qu'on se revoie!' En fait, beaucoup de symbioses ont lieu pendant ce travail fiévreux où tout se joue sous la pression de ne pas péter le budget de la production.  En jargon plus normal, ça veut dire qu'on passe des heures à régler des détails techniques divers (son, éclairage, et les 'défis' comme les animaux, la circulation automobile, la température, les petits enfants et les bébés, les caméras, le feu, le vent, et instruments spécialisés nécessitant une surveillance particulière commeles explosifs, les machines à fumée, etc), et pendant que les acteurs attendent pendant des heures et des heures que tout soit réglé, on jase, on échange des propos... on apprend à se connaître. Et puis, quand, après avoir attendu près de 12 heures pour faire notre scène, on nous dit que c'est finalement notre tour, notre esprit a eu l'occasion de décrocher du personnage plusieurs centaires de fois.  Et là, il faut s'y mettre.  Toute l'équipe est épuisée, les producteurs regardent leur montre, les acteurs leur texte, et on se croise tous les doigts pour que tout se passe bien.  Pression, pression.  Les acteurs n'ont pas droit à l'erreur, sauf s'ils travaillent avec des équipes de réalisations qui comprennent que nous sommes, nous aussi, des êtres humains.  

Ce temps qui file, cette urgence de s'apprivoiser, toute cette frénésie tisse des liens.  À 40% éphémères, selon mon expérience.  Les autres 60% feront avec vous un doux effort conjugué pour vous retracer, et provoquer un rendez-vous sympa. Avec certains, de ce lien bien vivant émergera une belle amitié, et j'ai ce privilège d'en avoir tissé conjointement dans le métier, l'une d'entre elles depuis 1985.  Avec d'autres, il s'agira d'une ou deux rencontres par an, très belles, aussi, où l'on reprend la conversation là où elle avait été laissée, la dernière fois.  Mais beaucoup ne seront que de courte durée.  Pas par manque de volonté, jamais. 

Dans une semaine, il m'est déjà arrivé, dans mes fastes années, de changer de projets, de groupes de travail 4, et même 5 fois!  À chaque fois il faut apprendre à connaître les gens, tenter d'y trouver un terrain commun confortable, s'habituer à de nouvelles énergies, des façons de faire différentes, dans des endroits différents à jouer, pour raconter chaque fois une histoire différente, avec des médiums de travail différents (télé, cinéma, théâtre, répétitions ou enregistrements, etc.).  Il faut donc, pour bien performer, avoir un minimum de contrôle sur la timidité de travailler avec des étrangers (oui, je suis timide, comme bien d'autres acteurs... non, ça paraît pas.  On en fait un métier, que ça ne parraîsse pas), et se rappeller des mille et une indications données par le réalisateur, son assistant, quand ce n'est pas la costumière (assis-toi pas, j'viens de repasser ton linge!), la perruquière (je l'sais que c'est chaud en-dessus, mais c'est comme ça) ou l'équipe de maquillage (faut la r'maquiller, a saigne du nez!).  Je blague.  Ces gens-là sont extraordinaires et travaillent la plupart du temps dans des conditions horribles.  Je les salue bien bas.

Il m'arrive bien souvent de tisser de beaux liens de tournage avec l'équipe technique.  Ces personnes passionnées, sont souvent oubliées.  Je les salue.  Particulièrement les gars.  Pourquoi êtes-vous tous si grrrrr... beaux comme des coeurs?

François et Guylaine, et Josée, font partie de ma jeunesse, de cette période de ma vie où les amitiés y vivaient à grands coups d'accords de guitare, et se bâtissaient, au fil du temps, sans effort.  Les deux ont vécu leurs lots d'épreuves, en ont mangé des solides, tout comme moi.  Les entendre a été en quelque sorte un baume, parce qu'ils s'en ont sortis de façon glorieuse. 

Mais ultimement, leur discours m'a fait réfléchir.  D'abord, la VIE est 'une précarité, aussi bien la vivre de façon à ce qu'on puisse toujours avoir accès à nos rêves.  Ensuite, que la VIE recelait des trésors de tous les instants. Et ultimement, que notre expérience ici-bas serve à quelque chose.  Comme moi, ils ne sont pas à eux proprement dit, mais ont contribué positivement à la vie d'une multitude d'enfants et d'adolescent(e)s.  Je les salue, et anticipe avec la joie notre prochaine rencontre.

Différentes formes d'amitiés, différentes expériences, différents parcours.  Tous ces morceaux,gros et petits, s'ajoutent à mon expérience de vie; et tout ce que je souhaite, c'est que personne n'aura regretté en faire partie.

2012 a un vent d'amitiés, qui refont surface.  Je souhaitais cette brise depuis des années.  Je retrouve aussi d'anciens collègues de travail sur de nouveaux projets, et oui, quelle phrase absolument kétaine, mais tellement vraie en ce qui me concerne:  EH que le monde est beau.  Je ne fais pas que référence ici à la gang de beaux gars techniciens qui me paument encore, mais à tous ceux et celles qui composent mes moments d'amitiés.  Beaux en-dehors, beaux en-dedans. 

Demain.  Intéressant parcours.  Je rencontre Josée, avec qui j'ai repris contact l'an dernier. Cette jeune fille excellait dans toutes les matières, sans exception.  Oui, les contraires s'attirent. Surtout quand on retrouve après 29 ans de routes séparées.
Nos vies sont à des lieues de différences, encore aujourd'hui, à tous points de vue.  Mais le regard que nous avons est plus périphérique, plus simple, et aplanit nos différences.  J'admirais les 'bollés', dans le temps; maintenant, je les apprécie.

L'amitié, que je croyais pour un temps classée 'espèce en voie de disparition', refait surface dans mon itinéraire de vie.  Be careful what you wish for. Pour vrai.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire