Vieillir comporte certains plaisirs.
Tiens, par exemple, on peut être marginal sans faire trop d'efforts.
Je n'éprouve plus le besoin de cacher ma tignasse de plus en plus grisonnante. Parce que, à mon âge, les sourcils aussi deviennent gris, ensuite blancs. Rien de plus laid qu'une teinture sur le cuir chevelu sertie de sourcils gris-blancs, ou assortis de sourcils tracés au crayon. C'est à mourir de rire sur certains individus. Alors, autant avoir l'air de mon âge, et que tout soit conforme, et comme il doit être. Fait intéressant, en posant ce geste, je vis dangereusement, en marge de la société, celle-là même qui nous dicte de cacher tout signe de vieillesse, sous peine de ne pas pouvoir intégrer ladite société.
On peut vivre comme si c'était le dernier jour de notre vie, parce que quand le '50' arrive, même si nul d'entre nous ne connaissons le jour ou l'heure du grand départ, la fin de vie se fait un peu plus sentir. Les amis autour de nous s'éteignent tous, les uns après les autres. Quand la plupart de tes connaissances sont en-allées, que les êtres les plus significatifs de ton existence commencent à disparaître un à un, on se dit que ça doit faire la fête de l'autre côté. Celà ne veut pas dire pour autant qu'on veut aller les rejoindre derechef, mais c'est une première façon d'arrêter d'avoir peur de mourir.
D'entrée de jeu, avoir 50 ans implique mathématiquement que nous avons au moins complété plus que la moitié de notre existence. Le pire est fait: L'école, la passage à la vie adulte, l'apparition des premiers signes de vieillesse, la recherche du compagnon idéal... je sais maintenant qu'il n'existe pas, et qu'il me reste encore un peu de patience pour continuer à croire que je pourrai terminer mes jours autrement que seule, avec un homme relativement aussi courageux que moi.
C'est le seul temps de l'existence où on peut rendre les gens mal à l'aise et être pardonnés sur-le-champ. Vous pétez devant parents et amis pendant votre jeunesse? On va vous le remémorer sans cesse. Une personne plus âgée le fait, on roule les yeux, et on change de place. Je serais bien mal jugée si je me mettais à rire des pets de nos aînés. On leur doit le respect sine qua non, parce qu'en partant, ils ont le mérite de s'être rendus jusqu'au moment où on se parle, et d'en savoir plus que nous sur bien des sujets.
Il n'est pas mal vu, non plus, de ne pas aimer quelqu'un ou quelque chose, quand on a un certain âge. Un bon 'J'aime pas ça' bien placé arrête toute discussion.
Faire semblant qu'on est un peu dûr de la feuile est une option absoument géniale, pour éviter les sujets qui vous horripilent, ou qui vous ennuient.
Le besoin d'acheter des trucs se fait moins sentir. On se fout des garanties quand arrive le temps d'un achat plus sérieux au niveau de la facture, à quoi bon?
Par contre, plus le cadran de l'âge avance, plus il y a un laisser-aller, parfois et malheureusement dans bien des sphères de la vie, justement parce que le 'à quoi bon' est un peu plus fort que tout le reste.
De par mon experience personnelle et mes observations, l'expression 'à quoi bon' est un excellent baromètre-indicateur du degré d'amour existant chez ceux qui l'utilisent. Je dis ça,en passant.
Mais bon,. dans un exercice d'honnêteté, le pire, c'est la solitude de la nostalgie. De ce qu'il y avait avant, et de ceux qui y étaient. Elle provoque malgré elle un isolement. La prochaine fois que vous me verrez les yeux pleins d'eau sans raison, ce n'est pas une allergie saisonnière.
Très drôle, comment le cours normal de la vie va tellement plus rapidement, quand on atteint la plus-que-moitié de notre existence. Une vraie Formule 1. Et comme on ne veut plus vivre à 100 à l'heure, c'est parfois étourdissant.
Mais j'aime vieillir. J'ai l'impression de tout redévouvrir une deuxième ou troisième fois, à travers les yeux des jeunes que je croise. Vous êtes beaux, et je vous souhaite de bien vieillir, vous aussi...avec les yeux humides.
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